Les Choux de Créteil : pourquoi cette utopie architecturale des années 70 fascine-t-elle toujours ?
- jean-francois Naturel

- il y a 7 jours
- 4 min de lecture
Impossible ou presque de traverser Créteil sans les remarquer. Avec leurs tours rondes et leurs immenses balcons en forme de pétales, les Choux de Créteil font partie de ces architectures que l'on reconnaît immédiatement.
Plus de cinquante ans après leur construction, ils continuent pourtant à intriguer. Pourquoi cette utopie architecturale et urbaine des années 70 exerce-t-elle toujours une telle fascination ?
Les Choux de Créteil sont-ils vraiment brutalistes ?
Avec leur utilisation spectaculaire du béton, les Choux de Créteil sont parfois associés à l'architecture brutaliste. Le rapprochement est compréhensible, mais réducteur.
Gérard Grandval cherchait justement à rompre avec la rigidité et la monotonie des grands ensembles. Aux lignes droites et aux volumes massifs, il oppose des tours cylindriques et surtout ces balcons-pétales qui donnent aux façades leur caractère organique.
Les Choux relèvent ainsi davantage d'une architecture organique et sculpturale que du brutalisme au sens strict. Le béton y est très présent, mais il est utilisé pour créer des courbes, du mouvement et évoquer un univers végétal.

Une nuance importante : une architecture en béton n'est pas nécessairement une architecture brutaliste.
Cette distinction est d'autant plus intéressante que Créteil possède par ailleurs plusieurs réalisations que l'on peut rapprocher beaucoup plus directement de l'architecture brutaliste, notamment le Tribunal judiciaire, la résidence des Bleuets ou encore la préfecture du Val-de-Marne. La ville constitue ainsi un territoire particulièrement riche pour observer la diversité des expérimentations architecturales de la seconde moitié du XXe siècle.
Les Choux, enfants du Nouveau Créteil
Pour comprendre cette architecture, il faut revenir aux années 1970 et à la transformation spectaculaire que connaît alors Créteil.
La ville est au cœur d'une vaste opération d'aménagement baptisée Nouveau Créteil. Il ne s'agit plus seulement de construire quelques immeubles, mais d'imaginer de nouveaux quartiers mêlant logements, équipements publics, université, espaces commerciaux et infrastructures.
C'est dans le quartier du Palais, à proximité du palais de justice et de l'université, que Gérard Grandval réalise entre 1969 et 1974 l'ensemble qui deviendra la célèbre Cité des Choux du Val-de-Marne.

Nous sommes alors en pleine période des grands ensembles et de la construction massive de logements collectifs et de logements sociaux / HLM. Mais Grandval cherche justement à rompre avec l'image de la barre et du bâtiment rectiligne qui domine une partie de cette architecture.
Des balcons comme des pétales
Ce sont évidemment eux qui ont donné leur surnom aux bâtiments.
Devant les façades vitrées, Gérard Grandval imagine d'immenses balcons en béton moulé, disposés en quinconce et évoquant des pétales. Le projet initial prévoyait même d'y installer des jardinières : la végétation aurait alors progressivement transformé les façades au fil des saisons.
Ces jardinières ne seront finalement jamais installées, mais l'intention demeure parfaitement perceptible. L'architecture est faite de courbes, de répétitions et de volumes qui donnent aux tours une apparence presque organique.
C'est probablement l'une des raisons pour lesquelles les Choux occupent aujourd'hui une place si particulière dans le patrimoine du XXe siècle. L'ensemble figure parmi les réalisations distinguées au titre de l'Architecture contemporaine remarquable, label qui a succédé à l'ancien label « Patrimoine du XXe siècle ».
Parmi les immeubles insolites d'Île-de-France, peu possèdent une silhouette aussi immédiatement identifiable.

Voir l'article → "3 architectures étonnantes du Grand Paris"
Pourquoi les Choux fascinent-ils encore ?
Peut-être parce qu'ils portent les ambitions et les contradictions de leur époque.
Ils témoignent d'un moment où architectes et urbanistes pensaient encore pouvoir inventer de nouvelles manières d'habiter la ville. Certaines de ces expériences ont mal vieilli, d'autres ont été profondément transformées, mais elles continuent à raconter cette volonté de réinventer le paysage urbain.
Les Choux sont à la fois un grand ensemble, un lieu d'habitation quotidien et une architecture devenue emblématique.
Et c'est précisément cette ambiguïté qui m'intéresse comme photographe.
Photographier les Choux de Créteil
Je reviens régulièrement vers ce type d'architecture parce qu'elle offre une multitude de possibilités photographiques. Et à ce propos, petite anecdote : lorsque j'ai été filmé et interviewé par BFM TV Paris en 2024, le journaliste m'a d'emblée proposé de nous rendre à Créteil dans cette architecture si particulière pour réaliser le petit film.
Avec les Choux, je peux montrer le bâtiment dans son environnement, mais aussi m'en rapprocher. Les balcons deviennent alors des formes, leur répétition crée un rythme, les ombres accentuent les volumes et le béton devient presque une matière graphique.
Le cadrage permet d'interpréter l'architecture sans pour autant la faire disparaître.

C'est une idée importante dans mon travail : photographier une architecture, c'est en proposer une interprétation tout en respectant son identité.
Et l'identité des Choux est particulièrement forte.
Plus de cinquante ans après leur construction, ils restent étranges et uniques même, immédiatement reconnaissables et difficiles à enfermer dans une seule image. Et c'est précisément ce défi que j'aime relever à chaque fois que je photographie
C'est peut-être finalement la meilleure raison de visiter les Choux de Créteil : découvrir une architecture des années 1970 qui continue, aujourd'hui encore, à obliger celui qui la regarde à changer de point de vue.
Vous pouvez visiter le site officiel de l'architecte Gérard Grandval ici → https://www.gerardgrandval.com/



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