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Pratiquer la photographie d'architecture

Dernière mise à jour : il y a 1 jour

Pourquoi photographier l'architecture ?


On photographie l'architecture pour des raisons diverses. D'abord, pour témoigner d'un lieu ou d'une architecture spécifique, photographie d'un bâtiment par exemple. Mais aussi, pour un pur intérêt esthétique et c'est souvent le cas pour moi. Donc, la photographie d'architecture est soit informative, soit documentaire et utilitaire, ou poursuit une ambition esthétique voire artistique.


Cependant, la frontière entre documentaire et esthétique n'est pas toujours aussi tranchée. Et c'est ainsi qu'une photo informative pourra aussi avoir une valeur esthétique. Et pour moi la photographie objective d'une d'architecture doit aussi avoir une dimension artistique.


J'ai regroupé sur une page dédiée plusieurs de mes projets consacrés à la photographie d'architecture urbaine.



Il faut distinguer la photographie de commande, à la demande d'un cabinet d'architectes ou d'un maître d'ouvrage, qui souhaite que l'on témoigne de son travail, le tout sur la base d'un cahier des charges précis et contraignant, afin de mettre en valeur le geste architectural. Ici les photographies réalisées, seront soit conservées comme témoignage, ou alors utilisées pour communiquer et servir l'image d'une entreprise ou d'un architecte, d'un promoteur immobilier. Et ici, le photographe est au service de l'architecte et de son architecture.


Avec la photographie esthétique, le photographe cherche à valoriser une œuvre architecturale, mais avec son point de vue à lui, avec son regard singulier. Le bâtiment photographié devient alors une matière brut qui va être utilisée pour créer quelque chose de nouveau voire de surprenant. Ici, c'est une forme de déconstruction/reconstruction par l'image autour d'un thème qui viendra nourrir une série photographique. Et ici, c'est le photographe-auteur qui montre et valorise son propre travail. Et là, on ne parle plus du savoir faire technique d'un prestataire au service d'un architecte, mais d'un regard plus libre et créatif porté sur l'architecture et d'une vision personnelle portant sur un patrimoine récent ou plus ancien.


Dans la pratique, ces approches se croisent souvent. Une photographie réalisée dans une intention documentaire peut posséder une réelle valeur esthétique. À l'inverse, une photographie d'auteur conserve souvent une dimension documentaire puisqu'elle témoigne malgré tout d'un lieu, d'une époque ou d'une architecture.



Dans cet article j'aborderai principalement la photographie d’architecture sous un angle artistique.


L’architecture comme langage urbain


Lorsque l'on évoque la photographie d'architecture, on pense souvent à la représentation de bâtiments remarquables, à la mise en valeur d'une réalisation architecturale ou à la documentation d'un projet.


Cette approche est évidemment essentielle. Elle permet de conserver une trace, de montrer un lieu et de transmettre l'intention de l'architecte.


Pourtant, mon intérêt pour l'architecture, en tant que photographe-auteur est différent.


Je ne photographie pas uniquement l'architecture urbaine parce qu'elle constitue un sujet photographique intéressant. Je la photographie surtout parce qu'elle représente pour moi un véritable langage visuel. Les bâtiments, les façades, les matériaux, les lignes ou les détails architecturaux deviennent autant d'éléments qui permettent de construire une image singulière et de proposer une lecture plus personnelle et intime de l'espace urbain.



Partir de quelque chose de concret pour aboutir à révéler ce que j'appelle l'esprit des lieux. Je porte mon regard souvent sur les détails comme les escaliers, les façades ou les murs, sans oublier les reflets, les couleurs et les formes.


L'architecture cesse alors d'être seulement un objet à représenter. Elle devient une matière première photographique, un objet de réflexion pour le photographe et l'architecte qui regarde l'image. Il s'agit de donner une dimension nouvelle et singulière à une oeuvre architecturale urbaine très concrète.


L'architecture comme partition photographique


La ville contemporaine est un immense territoire visuel. Chaque rue, chaque quartier et chaque bâtiment produisent des formes, des couleurs, des rythmes et des contrastes qui participent à notre expérience quotidienne de l'espace urbain. Et il n'y a pas ici une architecture mais des architectures singulières qui s'offrent au photographe qui devra construire quelque chose de neuf, pour permettre au regardeur des images de découvrir ou de redécouvrir un environnement auquel il ne prête plus attention.


L'architecture occupe alors naturellement une place centrale dans cette expérience.

Elle structure nos déplacements, organise notre perception des lieux et dessine le paysage que nous traversons chaque jour.


Mais ce qui m'intéresse particulièrement, ce n'est pas seulement la fonction ou l'histoire d'un bâtiment. C'est sa capacité à produire des formes visuelles. C'est une sorte de partition proposée à l'interprétation du photographe. La pratique photographique devient alors plus libre et plus interprétative. Le photographe n'est plus tenu de rendre compte fidèlement d'un bâtiment ou de répondre à un cahier des charges précis. Il peut se concentrer sur ce qui l'intéresse : les formes, les rythmes, les couleurs, les matières ou les correspondances visuelles.



Une simple façade peut devenir une composition abstraite. Une fenêtre peut créer un rythme. Une ombre peut transformer totalement la perception d'un volume. Une couleur peut modifier notre rapport à un espace. Le bâtiment cesse alors d'être uniquement un objet architectural pour devenir une image.


Ce que je recherche, en tant que photographe-auteur dans l'architecture, c'est ce vocabulaire visuel d'une richesse exceptionnelle.


Photographier l'architecture au-delà du documentaire


Lorsque je photographie la ville, je suis souvent attiré par des éléments simples : une ligne, une courbe, une répétition de formes ou un contraste de couleurs. Ces éléments existent partout dans l'architecture contemporaine. Ils permettent de dépasser la simple représentation du bâtiment pour s'intéresser à ce qui constitue son langage visuel.

Photographier l'architecture devient alors une manière d'explorer les relations entre les formes.


Certaines images s'approchent presque de l'abstraction. Le bâtiment disparaît partiellement derrière les lignes, les volumes ou les géométries qu'il produit.

Le spectateur ne cherche plus nécessairement à identifier un lieu précis, même si souvent on me demande "Ç'est où ?". Il est invité à regarder, à s'arrêter pour voir autrement et livrer son interprétation personnelle.



Cette simplification du réel, laquelle n'est ni un affaiblissement ni une diminution, joue un rôle important dans ma pratique photographique et rejoint souvent mon intérêt pour le minimalisme urbain.


Photographier au-delà de l'architecture


Une photographie d'architecture ne parle pas toujours d'architecture. Cette affirmation peut sembler paradoxale, mais elle correspond à une expérience fréquente lorsque je photographie la ville.


À partir d'un certain moment, le bâtiment cesse d'être le sujet principal. Quelque chose d'autre va alors s'imposer et qui relève souvent d'un détail qu'un regard trop pressé aurait ignoré.


Soudain, ce qui compte vraiment c'est ce reflet dans cette vitre. C'est cet angle discret que l'on aperçoit en ayant fait juste un ou deux pas supplémentaires. C'est cet équilibre particulier entre les masses et la lumière ambiante et éphémère, qui fait de la photo prise quelque chose d'unique qui ne reviendra plus. C'est cela ce que j'appelle aller au-delà de la photographie d'architecture.



La photographie construit alors sa propre réalité, même si en matière d'architecture il persiste toujours un aspect documentaire dans l'image.


Elle ne cherche plus seulement à montrer un bâtiment. Elle propose une interprétation visuelle de ce que ce bâtiment peut produire dans notre perception.


Mais même si la photographie d'architecture peut être une pratique plus libre et créative, elle ne s'affranchit pas pour autant des fondamentaux de la photographie. Trouver le bon point de vue demande souvent une observation attentive du bâtiment, de son environnement et de la lumière disponible. La composition reste essentielle. Les lignes, les volumes, les équilibres ou les rapports de proportion participent pleinement à la construction de l'image. Le photographe peut ensuite choisir de suivre certaines règles classiques de composition ou au contraire de s'en éloigner. Mais il le fait alors en connaissance de cause, au service d'une intention photographique.


Le détail comme porte d'entrée à l'architecture


Les bâtiments emblématiques attirent naturellement l'attention. Pourtant, ce sont souvent les détails qui m'intéressent le plus. Une porte, une grille, une surface, un angle de façade ou un fragment de matière peuvent parfois révéler davantage qu'une vue d'ensemble.

Le détail permet d'échapper à une lecture purement descriptive. Il ouvre la possibilité d'une autre relation à l'architecture, plus intime et plus personnelle.


Un détail architectural possède souvent autant de potentiel visuel qu'un bâtiment spectaculaire. Parfois même davantage.



Cette attention portée aux fragments rejoint une conviction qui traverse une grande partie de mon travail : il n'y a pas de petit sujet en photographie.


L'architecture dans mes séries photographiques


Cette approche se retrouve dans plusieurs de mes séries consacrées au Grand Paris.


Les Tours Aillaud, la Philharmonie de Paris, La Défense ou encore les Arènes de Picasso constituent évidemment des sujets architecturaux. Mais mon intention n'est pas seulement de documenter ces lieux qui bien souvent ne font pas l'unanimité. J'essaie d'avoir une approche plus minimaliste de ces lieux avec parfois avec parfois une part d'abstraction.


Je ne cherche pas à photographier uniquement les architectures emblématiques. Les bâtiments ordinaires, les ensembles résidentiels, les façades discrètes ou les architectures du quotidien m'intéressent tout autant.



Dès lors, je cherche avant tout à explorer ce qu'ils produisent visuellement : leurs lignes, leurs rythmes, leurs couleurs, leurs matières et leur présence dans l'espace urbain. Je ne suis pas là pour juger de la valeur d'une architecture, ni pour déterminer si c'est beau ou laid.


Non. Pour moi, chaque série est une relecture de lieux souvent photographiés mille fois. Une interprétation et non un réflexe documentaire. Une manière de comprendre comment l'architecture participe à la construction de notre imaginaire de la ville contemporaine.


Ma lecture personnelle pour redécouvrir la ville


Il y a forcément une part de travail de documentation dans la photographie d'architecture. Mais photographier l'architecture ne consiste pas seulement à montrer des bâtiments dans leur ensemble. Ce n'est pas seulement faire des images réussies au sens technique du terme ou spectaculaires. C'est pour moi aussi, une manière d'interroger notre relation à la ville et le regard que nous portons sur notre quotidien urbain, qui souvent est devenu invisible.




La photographie offre alors la possibilité de redécouvrir ces espaces familiers, en en proposant une autre lecture. En ralentissant le regard, en simplifiant les formes et en isolant certains détails, j'essaie de révéler des aspects que nous ne remarquons plus. Je propose de redécouvrir la ville en adoptant un autre regard sur le fait urbain et sa perception.


L'architecture devient alors un langage photographique à part entière. Un langage qui permet de raconter la ville autrement, au-delà de sa fonction, au-delà de sa description et parfois même au-delà du documentaire.


Car au fond, ce qui m'intéresse n'est pas seulement ce que l'architecture est.

C'est ce qu'elle nous permet de voir.


Pour une approche de ma façon de travailler en général → "Ordinary at work"








 
 
 

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